Billet d'humeur

6 mois et quelques jours : le désapprentissage

Pays de l’hiver et de la neige, terre de la tolérance, patrie du libéralisme, paradis des randonneurs… Bien des clichés entourent le Canada et les canadiens, si certains collent à la réalité, d’autres cachent une société plus mystérieuse qu’elle n’en a l’air.
Non, il ne fait pas froid toute l’année, pas plus que la playlist des canadiens ne se limite aux chansons de Céline Dion. Quant au français, vous ne l’entendrez qu’au Québec et aux administrations du Nouveau-Brunswick, si vous le demandez.

 

Cela fait 6 mois mes chers amis que nous sommes installés au Canada, 6 mois que nous découvrons avec émerveillement toutes les richesses que ce beau pays offre à ses citoyens, et que nous confirmons ou infirmons certaines idées que nous nous sommes construits de ce pays avant de venir. Certes 6 mois, ce n’est pas assez pour avoir un recul bien fondé, mais ça nous permet de nous retourner pour voir ce qu’on a traversé jusque là, et de partager ce billet d’humeur avec vous. Ce qui va suivre ne concerne que notre propre expérience et ressenti.

Le dépaysement est toujours très présent. Tout étant nouveau dans notre quotidien, j’aurais donc du mal a énumérer tous les aspects où il nous a fallu un désapprentissage, mais durant cette période d’installation, on a dû perdre certaines habitudes et être prêts à se créer de nouveaux repères pour nous mettre au même diapason que notre nouvelle société. En voici quelques uns :

  • Les relations humaines : pour bien s’intégrer au sein d’une société à mon sens, il faut prendre le temps d’observer comment les gens locaux se comportent entre eux, et avec les autres. Un mot d’ordre revient : la chaleur humaine. Ici, les gens qu’on croise dans la rue nous sourient, et demandent comment ça va ? Le chauffeur de bus prend de nos nouvelles, la caissière au super marché nous demande si on a trouvé tout ce qu’on cherchait ! Au début nous étions sceptiques devant autant de gentillesse -gratuite-, mais au fil du temps, on a compris qu’improviser une petite conversation avec notre voisin dans le bus, donner un compliment à un parfait inconnu, ou proposer d’aider une personne sans attendre de retour, oui, c’est possible !

 

  • La sécurité : la première nuit où mes parents sont arrivés au Canada, j’avais tellement de choses à raconter à ma mère, que nous avons décidé de sortir faire un tour toutes les deux dans le quartier à 2h du matin…rien que ça ! Sans parler du fait que je ne ferme plus mon sac en me baladant dans la rue, que je peux maintenant parler librement au téléphone sans avoir à sursauter à chaque fois que quelqu’un passe à côté de moi en courant, que je peux traverser le passage piéton en fermant les yeux (quand c’est vert bien sur !) et qu’oublier de fermer la voiture à clé ne me cause plus aucun stress. Ce sentiment d’être constamment protégé, comme dans un petit cocon est très agréable !

 

  • Les espaces publics : et là ça rejoint en partie le comportement des gens, parce qu’ici, qu’on soit dans une administration, au supermarché ou dans une station de bus : tout le monde fait la queue de manière naturelle, sans prise de tête, et je peux vous dire que ce climat social structuré nous fait un bien fou….ça nous épargne tout le stress caché que nous vivions avant au quotidien. Je ne vous cache pas qu’il nous a fallu du temps pour désapprendre nos vieilles habitudes, comme courir dès qu’on voit un bus arriver, ou faire vite pour prendre la première place à la caisse…mais maintenant que c’est fait, on se sent comme un poisson dans l’eau.

 

  • La qualité de vie : s’il y a une chose où nous avons ressenti un gros changement, c’est bien le stress quotidien. Moncton a cet atout de nous offrir une qualité de vie largement supérieur à ce que nous avions avant. On a l’impression de vivre dans la campagne avec le confort de la ville. Le rythme quotidien prône l’art de vivre paisiblement, et est en équilibre entre la vie personnelle et professionnelle. Ici, on prend le temps de vivre ! Nous partageons maintenant plus temps entre couple, à la fin d’une journée de travail, c’est une autre journée qui commence, où on peut aller faire un tour dans la forêt d’à côté, aller au cinéma, visiter les amis, et les week-ends sont de vraies vacances où on a l’embarras du choix des activités à faire.

 

  • L’intégration : nous avons la chance de faire partie d’une communauté très soudée, où des gens qui étaient au premier jour de parfaits inconnus, sont maintenant les membres de la famille que nous nous construisons ici (une grande pensée à notre famille, je ne vous oublie pas haha). Nous essayons aussi de nous ouvrir sur les autres communautés, et le fait de vivre dans un milieu multiculturel aide énormément. Nous n’hésitons pas à aller vers les gens, leur demander d’où ils viennent, depuis combien de temps ils sont là…et hop la conversation prend son cours naturel, ce qui aboutit pas mal de fois à de belles rencontres/ amitiés. Nous nous sommes fait des amis d’Inde, de Colombie, de Brésil, d’Iran, d’Egypte, de tout le Maghreb Arabe, de France, de Chine et du Canada…et c’est pour nous un enrichissement inestimable. Certes pour les plus timides, cette intégration peut toujours se faire seul, mais plus on est, mieux c’est, n’est ce pas ?

 

  • Le bilinguisme : mythe ou réalité ? Je dirais les deux. Il est assez simple de faire ses courses, préparer ses papiers administratifs ou postuler à quelques offres rarissimes en français uniquement, le reste se fait en anglais. Je sais, ça peut paraître choquant pour certains, mais c’est le constat personnel que nous avons fait, d’après nos observations. L’anglais reste une condition sine qua non d’une intégration saine et complète au sein de la société. Si tu veux avoir accès au marché de l’emploi intégral, et de t’ouvrir sur toutes les cultures présentes dans la région, tu ferais bien de t’intéresser à la langue de l’oncle Sam !

 

  • Le travail : c’est le point qui en a fâché plus d’un, parce que sans travail, ou sans satisfaction dans sa vie professionnelle, le reste ne peut s’accomplir. C’est le pivot d’un projet d’immigration, et on a tendance à entendre dire qu’ici au Canada, le travail se trouve facilement, et que la carrière se construit rapidement : voilà ce que j’en pense : Le marché de l’emploi au Canada est certes assez dynamique, mais ce n’est pas le jardin d’Eden, il faut être prêt à mettre sa fierté de côté, à retrousser ses manches et à redoubler d’efforts pour prouver ce que l’on vaut sur le marché du travail…On peut commencer en bas d’échelle, mais l’évolution est concluante. Il y a aussi cette vision aseptisée qu’ont les canadiens vis à vis du travail, au fait, ici, on travaille simplement pour vivre et non le contraire. J’ai même entendu d’une personne qui s’est faite renvoyé dire : well, it’s just a job ! (au final, ce n’est qu’un travail !)
  • Ce mois je commence un nouveau travail, toujours dans le domaine associatif, mais avec plus de responsabilités et de challenges, Yassine de son côté est toujours dans la même boîte, mais est à la recherche de l’emploi de ses rêves. Je reste très confidente, car il n’est pas le genre à baisser les bras, et il avance actuellement dans une optique qui pourra donner ses fruits rapidement.

 

  • Notre identité : c’est certes assez prématuré de remettre en question toute son identité, mais une chose est sûre, nous nous sommes surpris à nous être débarrassés de plein d’habitudes que nous étions avant forcés à faire! Aujourd’hui loin de la pression sociale, nous nous sommes recentrés sur l’éthique et les pratiques qui nous ressemblent complètement, avons découvert de nouvelles valeurs…même si on emporte toujours son ombre avec soi, j’ai l’impression que nous sommes aujourd’hui en chrysalide, et ce désapprentissage dont je parle est une phase qui est entrain d’ébranler notre identité propre.

 

  • Les amis, la famille : même après 6 mois, c’est toujours là où le bât blesse , mais nous avons décidé de tout aborder avec positivité, alors le constat paradoxal est qu’en décidant de partir loin, nous nous sommes rapprochés des gens que nous aimons et qui comptent réellement pour nous. Nous réussissons encore à garder contact permanent avec eux, grâce à la magie d’internet. Donc oui les relations familiales et amicales à distance, ça existe, et c’est même un pilier essentiel dans notre vie ici.

Je n’essaie pas de brosser un portrait idyllique du Canada, ni de notre parcours, car ce n’est pas non plus le pays des merveilles, et notre expérience n’est pas parfaite, mais le bilan de ces 6 premiers mois est largement positif, et se déroule même au delà de nos espérances. Toutefois on doit aussi avouer qu’on a pas laissé espace au hasard dans notre démarche, toutes les étapes ont été minutieusement scriptées avant même que nous arrivions ici. Un autre ingrédient principal qui peut faire booster la réussite d’un projet d’immigration est la Positivité ! Ce n’est pas tous les jours facile, certes, nous avons eu durant ces 6 mois, des moments de doute, de faiblesse, de remise en question, mais en restant positifs sur tout le chemin, croyez moi, ça peut faire toute la différence.

 

Rendez-vous dans 6 autres mois pour voir où la vie nous mènera 🙂

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20 Comments

  1. Mounir says:

    I’m so happy for you! We’ve heard about many unsuccessful experiences regarding the immigration to Canada but here you are proving the utter opposite.
    As you said, unlearning bad habits alongside maintaining a positive outlook towards things will undoubtedly make the difference.
    Thank you for everything.

  2. Je te souhaite une Bonne chance Leila Dans ton nouveau travail

    1. LaylaSaligane says:

      Merci beaucoup Nezha (k)

  3. Kenssous says:

    Ton rapport est intelligent et honnete, merci de l’avoir partager

    1. LaylaSaligane says:

      Merci beaucoup 🙂

  4. bjr que faut il pour immigrer la bas

    1. LaylaSaligane says:

      Bonjour,
      Nous avons raconté toute notre démarche d’immigration tout au long du blog. Si vous avez des questions précises, n’hésitez pas à revenir vers nous, on essaiera de partager tout ce qu’on sait 🙂

  5. Abdelwahed chiab says:

    Je vous souhaite une belle vie ,la reussite,le joie,avec l’espoir on peut changer notre vie audio sens positif.
    Concernant le canada et exactement nb c’est genial,manifique,extraordinaire,je l’adore,en tout cas je veux essayer avec ma famille a immigrer a cet paradis. Finallement avec la positivite
    Et l’espoir on peut realiser tout.

    1. LaylaSaligane says:

      Exactement Abdelwahed. Tout est possible, il suffit d’oser et de croire en nos capacités; tout finit par se réaliser avec de la positivité. Bonne chance pour toi et ta famille 🙂

  6. Yaaay super bilan de vos premiers six mois ! La première annee est capitale et tu as bien fait de faire cet article ! J’en avais fait un pour mes un an à Montréal et apres j’en ai plus fait lol alors j’attends ton bilan de votre première annee 😬

    1. LaylaSaligane says:

      Ouiii, je l’ai rédigé pour revenir y jeter un coup d’oeil, j’en ferais sûrement d’autres quand tout ce qui nous paraît maintenant surprenant deviendra familier. Ca serait intéressant de voir comment on résonnait au début 😀 Une sorte de “Je me souviens” comme disent nos amis les québécois 😀

  7. Le Français, vous ne l’entendrez pas qu’au QC et au NB. 600 000 franco-ontariens, 50000+ Franco-Manitobains, 20 000+ Fransaskois, environ 80 000 Franco-Albertains, 70 000 francophones britano-colombiens, sans compter les francophiles (plus nombreux encore que les francophones “pure souche”), et sans compter les territoires… Il y a plus d’un million de personnes parlant le français hors QC, et le NB, avec sa faible population, ne comble pas le million à lui seul 😉

  8. Je vous remercie beaucoup, vous m’avez bien donner de l’espoir,et une idée vraiment presque complète sur la vie au quotidien à NB, et encore une fois merci

  9. Abdelwahab says:

    Merci à vous,on ma parler déjà de ce beau pays,je tenterai ma chance moi aussi.

  10. Bien relaté en tout cas. Comme dit Ferdy, le plus difficile en immigration, c’est de réussir la première année. Mais attention à trop donner envie aux gens d’immigrer, car les talents et la chance ne sont pas les même. Bonne chance

  11. C’est marrant parce qu’apres 8 ans ici ce qui me choque justement c’est quand je rentre en France et que je dois reapprendre a pousser des coudes, tout fermer a cle, ne pas sourrire a tout le monde dans la rue etc 🙂
    Bon courage avec le reste de votre parcours, tu as raison c’est important de rester positif

  12. Votre récit est très encourageants, il faut croire qu’on aura rien sans rie, le sacrifice, la persévérance et la volonté doivent être nos devises; Je vous souhaite beaucoup de réussite. Merci

  13. […] Vous pouvez aussi lire (ou relire) le bilan véridique de notre immigration par Ici. […]

  14. Nawfal says:

    Je viens de découvrir votre blog aujourd’hui, vous ne pouvez pas imaginer le bien que ça m’a fait de lire vos articles !!!
    la peur qui m’a hantée depuis qu’on a eu notre visa d’immigrants le 26 Juin dernier.. s’est dissipée, laissant place à une quiétude, des attentes de vie meilleur, loin de la pollution casablancaise et de ses bouchons interminables, aussi de la curiosité, mes émotions se chevauchent 🙂
    Moncton … On arrive le 5 décembre !
    je voudrais vous remercier de tout mon cœur pour votre contribution, un travail formidable !!

    1. LaylaSaligane says:

      N’ayez pas de crainte chers amis, vous vous rendrez compte de la justesse de votre décision une fois installée ici. Restez optimistes, concentrez vous sur les détails positifs de votre parcours et apprenez des erreurs. Beaucoup de patience et de travail! Voilà ce qu’on vous recommande pour profiter pleinement de votre vie. Le Canada n’est pas le paradis, mais c’est un des meilleurs pays où il fait bon vivre dans le monde 🙂 Bon courage pour votre nouvelle aventure! (y)

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